C’était mon père qui m’appela,
Yeux furtifs de requin,
Quand soudain,
Une tempête se leva
Au large des îles Kerkennah.
Notre Felouque des Akkara,
Pleine de poulpes et d’éponges,
Saute les vagues et plonge
Et la voile se déchira.
Préoccupé, mon père m’ordonna,
De fixer l’horizon devant moi,
Pour retrouver la terre,
Et finir cette galère.
Mais il n y avait rien à voir,
Mer et ciel étaient confondus,
Et nous tanguions, bien entendu,
A l’aveuglette au hasard.
Mais soudain, les yeux de requins,
Virent deux traits, incertains,
Au niveau de l’horizon, enfin,
Et mon père sauta de joie,
C’était les deux palmiers de Kerkennah,
Qui firent la grande histoire d’amour,
Entre les marins Akkara
Et ces Îles de Mellita.
Aussitôt sur la terre,
Sans retenue ni manières,
Nous roulâmes nos corps éprouvés,
Sur le sable fin et doré.
Lihidheb mohsen
Eco artiste Zarzis 09.05.09
(Hommage au marin-résistant Si Addala)
Sabadouri
La mer !! Ah la mer,
Une fois amie, une fois enfer,
Son sel a tanné ma peau,
Les rames ont usé mes os,
Le soleil n’est guère mieux,
Les vents brutaux ou heureux,
Les cormorans remplient les cieux,
Je pouvais lire sur l’horizon,
Les caprices journaliers du temps,
Et je pêchais très souvent,
Quelques poissons frétillants
Pour le diner de mes compagnons,
Qui vaquent le jour dans les canoës,
Autour de mon bateau traineau,
A pêcher l’éponge au trident.
Mais un jour, seul sur le bateau,
Il faisait calme, il faisait beau,
Quand une tempête se leva,
Sans prévenir cette fois,
Et je du lever la voile du mât,
Pour rattraper très vite, hélas,
Partout, les pêcheurs autour de moi,
Salem, béchir, Ali et Rhuma,
Khalifa, Tahar et Ghouma,
Amor, Mabrouk et Mustapha,
Mais la voile craqua et se déchira.
Alors, dans touts mes états,
Avec un effort surhumain,
Je l’ai cousu à la main,
Et alla les chercher un à un,
Désespérés et morts de faim.
Entre les vagues du destin.
Voilà, je m’en rappelle bien,
Sauvés juste de l’ouragan,
Comment on a mangé le poisson,
Avec l’appétit de grand requin,
Grace à Dieu le divin
Et la bonne couture de mes mains.
Lihidheb mohsen
Eco artiste
(Hommage à Si Abdallah Msallem)
Laissez-moi mon juif !!
La Ghriba, El Ghriba, Lella Ghriba, comme je me permet de l’appeler par respect aux symboles religieux et lieux maraboutiques, ce monument important dans le paysage mystique et historique du sud, est incontestablement Tunisien, de par son ancienneté, son adoption, sa coexistence millénaire et surtout par son assimilation mesurée et l’affection effective dont il jouit auprès des Djerbiens insulaires et des Zarzissiens voisins.
Cette Sainte d’origine hébraïque dont l’édifice est devenu un lieu de pèlerinage pour les juifs Tunisiens, ceux de Lybie et d’Egypte au début, puis ceux d’Europe et le reste du monde, a toujours fait l’objet d’une aura spirituelle exotique dans l’imaginaire social local. Malheureusement affecté par le conflit ethno-religieux du Moyen-Orient et la confusion-fusion entre Judaïsme et Sionisme, l’impact était désastreux sur l’intégrité et l’indépendance de ce lieu de culte, cette nuisance, que ni les puniques, ni les berbères, ni les romains, ni les musulmans même Hilaliens soient-ils, ni les Turcs, ni l’Afrika-corps, ni les Ouerghemma, ni encore les Djerbiens et les Akkara, n’avaient envisagé à travers la riche histoire de ce pays.
De ce fait, on peut déduire, que ce lieu sacralisé, ne peut supporter les basses manipulations politiques et doit rester au niveau de sa dimension normale, dans son milieu d’accueil géographique et surtout humain. L’isoler de son ambiant organique, serait le « déclasser », car il n’a jamais été agressé qu’au temps des extrémismes qui se génèrent mutuellement, et dont la société locale et le pays sont innocents. Paradoxalement, la logique de la force aussi dissuasive soit-elle, et le chantage économique par le contrôle du débit touristique et autre, auraient certainement, des effets désastreux sur « Lella Ghriba », ce qui serait un grand dommage et une déception culturelle et morale à l’éthique locale de paix et de tolérance.
« Laissez-moi mon Juif, laissez-moi ma synagogue, prés de la Mosquée c’est Kif Kif, dans la même pirogue »
Lihidheb mohsen
Eco artiste
Zarzis 12.05.09 à 13H07