Bien sur, la majorité a les pieds dans l’eau. Dans ce canicule et le stress jour et nuit de l’été, entre un mariage, un embouteillage et une Jehfa à la file de voitures interminable, les gens trouvent l’occasion de mettre les pieds dans la flotte, sans pour autant sentir la mer, occupés à parader ou zyeuté les rondeurs de la foule. Les Tunisiens d’ailleurs, les Tunisiens de l’intérieur, les chercheurs de l’âme sœur, les beurs bourrés ou mal barrés, les nouveaux riches dans leurs bagnoles monstres et carrées, les tapageurs, les bon vivants, les zémigrés naturalisés, les libyens exaltés,… se toisent, s’entrecroisent, s’éxtasent sur les plages de Zarzis, jouissant d’un climat agréable rafraîchissant unique dans la région, tout en dégustant les mets de poissons et sirotant leur narcissique auto satisfaction.
En même temps, à Rammad,de l’autre coté de la ville, au bord du lac salé, au milieu de déchets brûlés pour tuer les microbes et asphyxier les mouches, entre les monticules de plastique, de pots de yaourt, de couscous de mariages, de têtes de moutons, de couches d’enfants, de boites de conserves, de tronc de palmiers, d’arbres déracinés, de beaux plants de cactus, des champs de détritus, quelques personnes, chétives, craintives, noirs de crasse, un seau à la main, un bâton dans l’autre, se hâtaient à ramasser le cuivre, l’alliminium et quelques fois le plastique. Se précipitant sur les nouvelles cargaisons d’ordures, heureux, à se disputer entre eux et souvent avec les chiens errants, formant avec le temps une activité de survie dont une vingtaine de familles profite au jour le jour.
Ahuri par mon intrusion, le culot d’un homme de la ville, l’un d’entre eux, devant un sac plein de boites de conserves, une seaux contenant des objets en cuivre,….s’est ouvert à moi en répondant à mes questions.
” Voilà, nous sommes quelques dizaines qui vivent de ce dépotoir. Touts les habitants de cet endroit pratiquent cette activité depuis quelques années. Bien sur sans la moindre sécurité ni couverture sociale. En vérité si les intermédiaires qui viennent acheter nos collectes une fois par semaine, ne jouent pas sur les prix, nous parvenons à nous débrouiller et couvrir quelques dépenses familiales, autrement, nous restons à la merci de la cupidité de ces gens et des cours imposés. Non nous ne sommes pas encadrés médicalement, et seule la carte de soin étatique nous sert dans les cas extrêmes. Comme vous voyez, je me déplace dans le feu et les braises sans bottes, car j’ai fait l’expérience de recevoir des morceaux encore incondescents à l’intérieur de la botte et croyez moi c’est douloureux et sa laisse des traces. C’est pour cela que je préfère utiliser des sandales ouvertes afin de dégager les braises rapidement. Ah, pour ce qui nous préoccupe ! Ce dépotoir va être bientôt transféré vers la route de Médenine et nous allons être privé de cette aubaine. Je ne sais pas ce que nous allons faire, et nos familles et enfants en compatiront certainement “. Il reprit aussitôt son activité de ramassage, insouciant et fier, sans pour autant croire aux idées bourgeoises d’action écologique, parce qu’il est foncièrement en plein dans le mouvement de l’environnement et des choses de la vie.
En le quittant, je lui ai dit que dans les cas d’urgence il peut me contacter à mon travail à la Poste de Zarzis et lui ai promis de contacter les médecins afin d’en trouver un “bravissimo” pour les prendre en charge, mais à mon retour en ville, j’étais déçu par le “surbooké” du médecin des pauvres l’illustre Dr Mhiri qui à son tour n’a pas pu me recommandé un collègue susceptible de répondre à notre requête.
Ainsi, l’eau et la braise, ne font pas bon ménage, et le bonheur des hommes et leur fierté peuvent être partout, pas seulement dans les films ou sur les plages du Sangho, mais aussi avec les pauvres, les démunis et les oubliés.
Sur quelle plage de la vie, les gens sont plus heureux, ou tout simplement eux-mêmes, en cohésion avec leur milieu et en harmonie avec l’espace et le temps ?
Lihidheb mohsen Eco artiste